HORILKA (par Vasyl Chrin)

la HorilkaAvant toute chose, rendons au tsar ce qui est au tsar. Les Polonais ont la wudka , les Russes la vodka (водка), et les Ukrainiens la гоpілка que nous écrirons ici horilka.

Etymologiquement, horilka  viendrait du mot hority signifiant « brûler ». Par extension, le mot peut également désigner tout alcool fort, tel le whisky par exemple.

Selon une légende, elle aurait été créée par le diable qui en aurait soufflé la recette aux humains afin de semer la zizanie entre eux.  En fait, les ancêtres des Ukrainiens la fabriquaient depuis des temps immémoriaux à partir de céréales. Sa popularité connut des hauts et des bas au cours des âges. Ainsi au Moyen Âge, ne consommait-on que des boissons faiblement alcoolisées : bière ou une sorte d’hydromel élaboré à base d’eau et de miel fermenté. Lorsque la horilka prit le pas timidement sur les « bibines », d’autres breuvages alcoolisés apparurent. Concoctés à partir de plantes et de fruits (vyshnivka à la cerise, slyvanka à la prune ou horikhivka à la noix), leurs vertus  demeuraient plus curatives qu’euphorisantes.

Avec l’augmentation de sa consommation, les ingrédients de base (blés, orge,…) furent remplacés par  pommes de terre et  betteraves moins onéreuses mais dès le XVème siècle,  la production chuta en raison d’un monopole d’Etat. Restrictions et taxes imposées par le pouvoir tsariste sur le commerce de l’alcool maintiendront une consommation au plus bas.

La fin du XIXème siècle vit l’application de la norme de 40 degrés pour les boissons alcoolisées, mesure destinée à faciliter le calcul des taxes fiscales. La production clandestine connut alors un grand essor. Pourtant, la courbe allait s’effondrer au siècle suivant. Dans l’entre-deux-guerres, la horilka ne coula plus qu’au compte-gouttes. On n’en consommait rarement plus de 3 litres au cours d’un grand mariage ! D’autant plus étonnant qu’après la seconde guerre mondiale, la consommation allait crever des plafonds et demeure importante de nos jours. 

Sans faire l’apologie de l’alcool, il est permis de goûter modérément à toute une gamme de horilky natures ou parfumées telles la medova z pertsem (miel et piment) sans oublier les « faites maison » (oublions les tord-boyaux titrant 70° ou plus) qui répondent au nom générique de samozhene, déclinées selon les régions en okovyta, syvukha, palenka ou buratchanka. Rien de tel pour accompagner le salo (lard blanc), les pommes de terre ou les concombres marinés, éléments incontournables de l’hospitalité à l’ukrainienne.

Mais si vous décidez d’opter pour un sevrage total, voici un moyen réputé infaillible : mettez une pièce dans la bouche d’un défunt. Après quelques heures, récupérez la pièce, plongez-la dans un verre de horilka et buvez-en le contenu. Vous en serez dégoûté pour toujours. Un dernier conseil : n’avalez pas la pièce, vous pourriez perdre plus que l’envie !

   
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