Nich Ivana Kupala (par Vasyl Chrin)

nich ivana kupalaIl est une tradition populaire ukrainienne que l’église des premiers âges avait tenté vainement de supprimer avant de la reprendre à son compte après la christianisation de la Rus en l’assimilant à la naissance de St Jean Baptiste. C’est  la fête d’Ivan Kupala. Pour les historiens, son origine se trouverait dans le culte païen préchrétien de Kupalo, dieu de l’amour et de la fertilité, une déité célébrée depuis des siècles en été au début des moissons. Pour les Chrétiens orientaux, Kupala dérivé de kupaty (baigner) accolé à Ivan (Jean) désigne St Jean Baptiste, celui qui baptisa le Christ par immersion dans le Jourdain.
En raison de son caractère fantastique où se mêlent sorcellerie, animisme et jeux érotiques, elle fut révérée par le peuple et combattue de tout temps par les autorités tel le hetman Skoropadskyi qui en interdit la pratique par un décret de 1719.
A la fin du XIXème siècle, elle survivait en tant que fête des moissons puis le régime soviétique tenta sans succès de la muer en fête de la jeunesse. Mais le poids de la tradition l’emporta et la nuit d’Ivan Kupala (nich na Ivana Kupala) revit désormais avec une vigueur renouvelée, c’est en effet dans la nuit du 6 juillet, veille de la St Jean selon le calendrier julien que la fête bat son plein.
Avant la Christianisation, ce culte païen était riche de croyances populaires. On assurait que cette nuit-là les arbres parlaient et se déplaçaient, les sorcières se rassemblaient, la terre révélait ses secrets et les fougères fleurissaient à l’endroit où des trésors étaient enterrés. Les jeunes célibataires, filles et garçons, se rassemblaient hors du village près d’un cours d’eau, y allumaient des feux et dansaient en rond des sarabandes rituelles en entonnant des chansons érotiques. Ils sautaient par dessus les brasiers, se baignaient dans la rivière pour se purifier et s’adonnaient à des jeux amoureux. Une effigie du dieu Kupalo, mannequin de paille, était sacrifiée par le feu et ses cendres étaient jetées dans la rivière ou enterrées et puis l’on faisait ripaille d’œufs et de varenyky(……) arrosés d’alcool
De nos jours, Ivan Kupala a retrouvé droit de cité dans toute l’Ukraine, plus sagement sans doute mais les chants folkloriques sont toujours là, tout comme les danses de jeunes filles vêtues de blanc tourbillonnant autour d’un mât. Elles portent des couronnes de  fleurs, symboles de virginité, qu’elles vont jeter à la rivière et celles qui sombrent dans les flots sont le présage d’amour malheureuses. Des feux sont également allumés autour desquels des jeunes couples dansent puis sautent par-dessus les flammes en se tenant les mains. Si elles demeurent jointes, c’est l’amour garanti.
La nuit d’Ivan Kupala célèbre les noces de l’athéisme et du christianisme en un élan où se conjuguent les forces de la nature, la puissance de l’amour et la naissance de St Jean le Baptiste (Ivan Khrestytel’).

   
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