La Pysanka ou l’art de l’œuf décoré (par Vasyl CHRIN)

la pysanka ou l'art de l'oeuf décoré en UkraineL’œuf, source de vie, est porteur de nombreux symboles et cultes immémoriaux. « Au commencement était l’œuf » si l’on en croit les védas, textes sacrés de l’Inde, qui attribuent l’origine de la création de l’univers à un œuf cosmique. Microcosme renfermant un soleil en réduction, ses courbes parfaites ont toujours fasciné les hommes jusqu’à ce qu’un jour un de nos lointains ancêtres se mette à peindre un œuf en concentrant sur sa coquille toute une gamme de signes colorés figurant les forces mystérieuses de la nature. Enrichi de symboles cryptés, l’œuf décoré s’est perpétué jusqu’à nos jours et en Ukraine, on l’a baptisé d’un nom féminin : pysanka (du verbe pysaty = écrire).
Selon les historiens, la pysanka au cours des millénaires a conservé une fonction de talisman et d’offrande. Traditionnellement, la décoration des œufs par les femmes s’accompagnait de chants rituels annonciateurs du printemps.
Les motifs composés de lignes droites, brisées, ondulées ou en spirales, constituent la base de figures variées tels que le svastika, symbole solaire mais aussi étoiles, rosaces ou encore râteaux et échelles, symboles propitiatoires de récoltes abondantes. Nombre de végétaux et animaux stylisés sont également présents tel l’universel arbre de vie mais aussi feuilles d’arbres, épis, daim, cheval, oiseaux,…A ces symboles païens, le christianisme a ajouté les siens propres : croix, poisson, colombe,…On peut également citer la représentation de la déesse-mère protectrice Berehynia* figurée en orante, personnage féminin en prière, symbolisant aussi l’idéal de la femme ukrainienne. On ne saurait oublier la puissance symbolique des couleurs tels le blanc synonyme de pureté, le noir celui d’éternité ou le vert évoquant le réveil de la nature au printemps. Les pigments sont obtenus par décoction de substances végétales : pelure d’oignon, thé, écorce d’arbres ou d’origine organique telle la cochenille fournissant l’écarlate.
Les dessins ont recours à la technique de la réserve des couleurs ou batik. Sur la coquille immaculée, on inscrit un premier dessin à l’aide d’une kistka, instrument muni d’un petit réservoir contenant de la cire liquide avec laquelle on trace les figures symboliques. Une fois la cire solidifiée, les lignes dessinées sont ainsi préservées du bain colorant dans lequel l’œuf est plongé. En répétant plusieurs fois l’opération : application de cire-réserve et bain colorant et en allant du plus clair au plus foncé, on obtient des combinaisons polychromes de plus en plus complexes révélées par l’élimination finale de la cire à l’eau chaude
En s’appropriant cet art décoratif vecteur de symboles, le christianisme a substitué le Christ à la figure originelle du dieu-soleil en l’associant à la résurrection du Seigneur d’où la tradition de peindre et d’offrir des pysanky à l’occasion de la fête de Pâques. Tradition vivace plus que jamais chez les Ukrainiens. Reste la question toujours sans réponse de la primauté de la poule ou de l’œuf !

* un statue située au sommet d’une colonne récemment érigée sur le maydan Nezalezhnosty (place de l’iIndépendance) à Kyïv, figure une Berehynia  déesse-protectrice de la ville.
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