Soumy : nature préservée, rivière Psel et écotourisme dans le nord-est de l’Ukraine
Soumy est l’une de ces régions ukrainiennes que presque personne ne connaît en dehors du pays — et c’est, paradoxalement, ce qui en faisait l’une des plus précieuses. Ici, la nature n’a pas été aménagée pour le tourisme : elle existe, simplement, dans une densité et une variété que l’on ne retrouve guère ailleurs en Ukraine. Des forêts mixtes de chênes et d’érables qui s’étendent sur des dizaines de kilomètres, une rivière — la Psel — qui serpente entre des berges boisées avec une paresse qui invite à la contemplation, et des villages où le temps semble mesuré à une horloge différente de celle des villes.
Une région faonnée par l’eau et la forêt
La géographie de l’oblast de Soumy est gouvernée par deux forces tranquilles : les rivières et les forêts. La Psel, affluent du Dniepr, traverse la région d’est en ouest avec une douceur qui contraste avec les fleuves plus dramatiques du sud ukrainien. Ses berges alternent prairies inondables, bois de saules et petites plages de sable où, en été, les familles locales viennent se baigner dans une eau étonnamment claire. La Desna et le Seim complètent le réseau hydrographique, créant un entrelacs de zones humides qui abritent une biodiversité remarquable.
Les forêts couvrent environ un tiers de l’oblast — une proportion élevée pour l’Ukraine orientale. Chênes, érables, trembles, bouleaux composent un paysage de forêt mixte qui rappelle davantage la Pologne ou la Biélorussie que les steppes du sud. C’est dans ce décor que le parc national Hetmanski a été créé en 2009, protégeant plus de 50 000 hectares de ce patrimoine naturel.
Le parc national Hetmanski : un trésor écologique
Le parc Hetmanski tire son nom de l’Hetmanat cosaque, cette entité politique qui régnait sur la région au XVIIe–XVIIIe siècle. Mais c’est la nature, et non l’histoire, qui fait sa valeur principale. Les zones humides du parc abritent des castors, des loutres, des cerfs, des sangliers et plus de 200 espèces d’oiseaux, dont plusieurs rapaces rares. Au printemps, les prairies inondables se couvrent de fleurs sauvages et les étangs se remplissent du chant des grenouilles — un spectacle acoustique que l’on entend avant de le voir.
Des sentiers balisés parcourent le parc, mais l’essentiel de l’expérience se vit en kayak ou en canoë sur la Psel. Glisser sur l’eau au petit matin, quand la brume flotte encore entre les saules, donne un accès privé à un monde que la marche ne révèle pas : un martin-pêcheur qui fuse en éclair bleu, une famille de castors qui se réveille, le plongeon discret d’une loutre. C’est un écotourisme de patience, et il récompense ceux qui prennent le temps.
La ville de Soumy : architecture et mémoire littéraire
Fondée en 1655 comme forteresse cosaque, la ville de Soumy a conservé un centre agréable malgré les destructions du XXe siècle. La cathédrale de la Transfiguration (XVIIIe siècle), avec ses coupoles vertes visibles depuis les berges de la Psel, constitue le point d’ancrage du centre historique. La rue Sobornaya aligne des façades art nouveau et néoclassiques que l’on découvre en levant les yeux — beaucoup de visiteurs passent sans les voir, pressés par un programme trop serré.
Le musée régional Tchekhov rappelle que l’écrivain Anton Tchekhov séjourna à plusieurs reprises dans la région, chez des parents et amis. Ses lettres mentionnent la « tranquillité souveraine » de la campagne de Soumy, une formule qui résonne encore aujourd’hui quand on quitte la ville par n’importe laquelle de ses routes de campagne. Le parc municipal qui longe la Psel est l’un des plus beaux d’Ukraine provinciale — des allées de tilleuls, un pont suspendu, des bancs face à l’eau.
Gloukhiv et Poutyvl : mémoire cosaque et monastères
Gloukhiv, à 200 kilomètres au nord-ouest de Soumy, fut la capitale de l’Hetmanat cosaque de 1708 à 1764. Ce statut a laissé des traces architecturales considérables pour une ville de cette taille : un portail monumental, les ruines du palais de l’hetman Razoumoüsky, et plusieurs églises dont la cathédrale de la Trinité, baroque cossue aux décors intérieurs d’une finesse étonnante. Gloukhiv est également considérée comme un berceau de la musique classique ukrainienne, la première école de chant choral du pays y ayant été fondée au XVIIIe siècle.
Poutyvl, plus à l’est, est indissociable de l’épopée du Dit de la campagne d’Igor (XIIe siècle), où Yaroslavna pleure sur les remparts de la ville en attendant son époux parti combattre les Coumans. Le monastère de Poutyvl et la vue qu’il offre sur la vallée du Seim sont un concentré de mémoire ukrainienne — un lieu où le médiéval et le contemporain coexistent dans un silence éloquent.
La proximité de la frontière : réalités d’une région dans la tourmente
Il serait malhonête de parler de Soumy sans évoquer ce qui définit aujourd’hui la réalité quotidienne de ses habitants. L’oblast partage une longue frontière avec la Russie, et depuis février 2022, les districts nord — Choukhevitch, Konotop, Gloukhiv — ont été exposés à des bombardements répétés. La ville de Soumy elle-même a été touchée à plusieurs reprises. Des écoles, des hôpitaux, des immeubles d’habitation ont été endommagés ou détruits.
Les habitants de la région font preuve d’une résilience qui force le respect. Les marchés continuent de fonctionner, les écoles rouvrent dès que la sécurité le permet, et la volonté de préserver le patrimoine naturel et culturel de la région reste intacte. Décrire Soumy ici, c’est aussi affirmer que cette région existe au-delà du conflit, qu’elle a une identité riche et profonde qui survivra aux bombardements, et que les voyageurs y seront un jour les bienvenus à nouveau.
Écotourisme le long de la Psel : ce que l’on vivait avant le conflit
Avant 2022, la rivière Psel était en train de devenir l’un des meilleurs parcours de kayak d’Ukraine. Des opérateurs locaux proposaient des descentes de trois à cinq jours, avec campement sur les berges, pêche à la ligne et observation de la faune. Le parcours typique partait de Soumy pour descendre vers Poltava, traversant des paysages de plus en plus ouverts à mesure que la forêt cédait la place à la steppe boisée.
L’hébergement chez l’habitant était la norme dans les villages traversés. Pour l’équivalent de quelques euros, on dormait dans une khata traditionnelle, on dînait de borchtch maison et de fromage frais, et on repartait le lendemain matin avec un sac de provisions offertes. Ce modèle d’écotourisme solidaire, encore balbutiant, avait le potentiel de transformer l’économie locale de ces villages isolés. Il reviendra, tôt ou tard.
Soumy comparée à ses régions voisines
| Critère | Soumy | Tchernigov | Poltava | Kharkiv |
|---|---|---|---|---|
| Ambiance | Nature, calme, isolée | Historique, monástique | Littéraire, culturelle | Urbaine, universitaire |
| Point fort | Parc Hetmanski, Psel | Églises médiévales | Place Ronde, Gogol | Architecture constructiviste |
| Situation sécuritaire | Zone frontière sensible | En voie de stabilisation | Sûre | Bombardements sporadiques |
| Durée idéale | 3–5 jours (avec kayak) | 2–3 jours | 2–3 jours | 3–4 jours |
| Accès depuis Kiev | 5–7 h en train | 2–3 h en train | 3h30–5 h en train | 4–5 h en train |
Ce que les voyageurs retiennent de Soumy
Les témoignages des voyageurs qui ont visité la région avant le conflit convergent sur un point : le sentiment d’avoir découvert une Ukraine que personne ne leur avait décrite. Pas celle des guides touristiques, pas celle des reportages télévisés. Une Ukraine de forêts silencieuses, de rivières lentes, de gens qui vivent avec leur terre dans une relation que l’urbanisation n’a pas encore défaite.
C’est aussi une région qui s’inscrit dans un arc de nature préservée qui va de Tchernigov à Kharkiv, traversant certains des paysages les plus intacts du pays. Quand la paix reviendra — et elle reviendra —, la Psel sera toujours là, avec ses berges boisées, ses castors et ses nuits étoilées.
Conseils pratiques (valables en temps de paix)
- Arriver en train depuis Kiev. Le trajet dure 5 à 7 heures. Le train de nuit offre un bon rapport confort-prix.
- Contacter un opérateur local pour le kayak. Les descentes de la Psel nécessitent un encadrement minimal : location de kayak, carte du parcours, réservation chez l’habitant.
- Prévoir des vêtements adaptés à la nature. Bottes étanches au printemps (berges inondables), anti-moustiques en été, vêtements chauds dès septembre.
- Combiner avec Poltava ou Tchernigov. Soumy se situe à mi-chemin entre ces deux régions, permettant un itinéraire nord-est complet.
- Vérifier la situation sécuritaire. Cette recommandation prime toutes les autres. Ne voyagez pas dans la région sans avis favorable de votre ambassade.
Questions fréquentes sur la région de Soumy
- La région de Soumy est-elle sûre pour les voyageurs en 2026 ?
- La région se situe près de la frontière russe et a subi des bombardements depuis 2022. La situation sécuritaire reste volatile dans les districts frontaliers. Il est impératif de consulter les avis officiels de votre ministère des affaires étrangères et les alertes locales avant tout déplacement.
- Qu’est-ce que le parc national Hetmanski ?
- Le parc protège plus de 50 000 hectares de forêts mixtes, de zones humides et de prairies. Il abrite castors, loutres, cerfs et plus de 200 espèces d’oiseaux. C’est l’un des espaces naturels les mieux préservés d’Ukraine.
- Comment se rendre à Soumy depuis Kiev ?
- Le train relie Kiev à Soumy en 5 à 7 heures selon le type de convoi. En voiture, la route couvre environ 350 km en 4 à 5 heures. Vérifiez la situation sécuritaire avant de planifier le trajet.
- Quelle est la meilleure période pour visiter Soumy ?
- En temps de paix, le printemps tardif (mai-juin) est idéal pour l’écotourisme. L’automne (septembre-octobre) offre des couleurs spectaculaires dans le parc Hetmanski.
- Que peut-on visiter dans la ville de Soumy ?
- Le centre-ville conserve la cathédrale de la Transfiguration (XVIIIe siècle), le musée régional Tchekhov, le parc municipal longeant la Psel et plusieurs bâtiments art nouveau le long de la rue Sobornaya.