Khmelnytskyï, que les francophones écrivent encore souvent Khmelnitsky, est la capitale administrative de l'oblast du même nom, dans l'Ouest de l'Ukraine. Avec 274 452 habitants au 1er janvier 2022 selon l'estimation officielle du service ukrainien des statistiques, c'est la deuxième ville de la Podolie historique, après Vinnytsia. Posée sur le Boug Méridional, à mi-chemin entre Kiev et Lviv, elle est avant tout un grand carrefour ferroviaire et industriel — mais son nom, ses trois identités successives et les trésors de sa région méritent largement le détour.
Ce guide rassemble l'essentiel pour comprendre la ville et préparer une étape dans l'oblast : les repères pratiques, six siècles d'histoire mouvementée, les curiosités urbaines et les sites d'exception qui entourent Khmelnytskyï, de la forteresse de Miedzybóż au canyon du Dniestr.
Khmelnytskyï en bref : situation, population et climat
Khmelnytskyï se situe dans la partie nord de la Podolie, à la frontière sud de la Volhynie historique, deux régions dont nous avons raconté l'histoire commune dans notre dossier sur la Podolie et la Volhynie. La ville arrose ses quartiers de la Ploska, petite rivière qui rejoint le Boug Méridional — l'un des plus longs fleuves entièrement ukrainiens — et se trouve à 366 km de Kiev par le rail et 384 km par la route. La capitale se rejoint donc en quelques heures, et Lviv n'est guère plus loin à l'ouest.
Le climat y est continental tempéré : d'après les normales NOAA 1991-2020, janvier y affiche une moyenne de −3,8 °C et juillet de +19,4 °C, avec des extrêmes enregistrés allant de −30,5 °C à +36,1 °C et environ 640 mm de précipitations annuelles. Le printemps et l'automne offrent les conditions les plus douces pour arpenter la ville et la région. Pour les autres grandes villes du pays, nos repères régionaux sur Khmelnytskyï complètent cette page avec les données de l'oblast.
| Repère | Détail |
|---|---|
| Statut | Centre administratif de l'oblast de Khmelnytskyï (créé en 1937) |
| Population | 274 452 habitants (estimation officielle au 1er janvier 2022) |
| Première mention | 1431, sous le nom polonais de Płoskirów |
| Noms historiques | Płoskirów (1431-1793), Proskouriv/Proskurov (1793-1954) |
| Renommage soviétique | 16 janvier 1954, en l'honneur de Bohdan Khmelnytsky |
| Rivière | Boug Méridional, rejoint par la Ploska |
| Distances | 366 km de Kiev par le rail, 384 km par la route |
| Climat | −3,8 °C en janvier, +19,4 °C en juillet (normales 1991-2020) |
De Płoskirów à Proskouriv : six siècles d'histoire tourmentée
La première mention écrite de la ville date de 1431 : à l'époque, Płoskirów n'est qu'un poste militaire du royaume de Pologne, sur la route entre Kamianets et Starokostiantyniv. La cité royale grandit au sein de la voïvodie de Podolie : en 1578, le roi Étienne Báthory y institue des marchés hebdomadaires et trois foires annuelles. Mais le XVIIe siècle est brutal : pendant le soulèvement de Bohdan Khmelnytsky contre la Pologne, la ville est complètement dévastée — un registre fiscal de 1662 ne compte plus que douze habitants.
De 1672 à 1699, la Podolie passe sous domination ottomane, et Płoskirów avec elle, avant de revenir à la Pologne puis, en 1793, à l'Empire russe lors du deuxième partage de la Pologne. La ville devient alors Proskouriv (Proskurov en russe), chef-lieu de district du gouvernement de Podolie. Au recensement impérial de 1897, elle compte 22 855 habitants et se classe cinquième ville de la Podolie, derrière Kamianets-Podilskyï, Ouman, Vinnytsia et Balta. C'est une cité cosmopolite — Ukrainiens, Polonais, Juifs — que la première guerre mondiale et la guerre civile vont fracasser.
Le 15 février 1919, la ville entre dans l'une des pages les plus sombres de son histoire : le pogrom de Proskouriv, perpétré par des unités cosaques de l'armée de la République populaire ukrainienne sous les ordres de l'otaman Semysenko, fait environ 1 500 morts juifs dans la ville, et quelque 600 de plus dans le village voisin de Fichten, selon les estimations historiques. Symon Petliourena, à peine élu chef d'État, condamne le massacre et fait condamner son instigateur à mort. Trente ans plus tard, l'occupation nazie (8 juillet 1941 - 25 mars 1944) achève de détruire la communauté juive : plus de 9 500 Juifs de la ville et des environs sont assassinés, dont 5 300 abattus le 4 novembre 1941 par un Einsatzgruppe. La population juive, 42 % des habitants en 1939, tombe à 10 % en 1959.
Ces blessures font de Khmelnytskyï un point de départ puissant pour qui souhaite retrouver l'histoire de familles parties d'Ukraine de l'Ouest au Canada ou en Amérique du Nord au tournant des XIXe et XXe siècles : le site partenaire ukrainiangenealogygroup-pei.org publie notamment un guide des registres métriques ukrainiens (metrychni knyhy), ces registres d'état civil paroissial souvent conservés dans les archives régionales, indispensable pour remonter aux ancêtres podoliens.
À la sortie de la guerre, Proskouriv devient une ville soviétique typique de la façade occidentale : nœud ferroviaire, industrie agroalimentaire et mécanique, université nationale. Le 16 janvier 1954, à l'occasion du tricentenaire de l'acte de Pereïasliv par lequel Bohdan Khmelnytsky avait placé l'Hetmanat sous la protection moscovite en 1654, la ville — et, quelques semaines plus tard, l'oblast, appelé jusqu'alors oblast de Kamianets-Podilskyï — prennent le nom du hetman. Depuis l'indépendance de 1991, Khmelnytskyï poursuit sa mue vers l'Europe : la ville a d'ailleurs reçu en 2021 le Prix de l'Europe de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, la plus haute distinction municipale du Conseil de l'Europe. Depuis octobre 2022, enfin, elle subit à plusieurs reprises des frappes de missiles et de drones russes, rappelant que la guerre touche aussi l'arrière-pays ukrainien.
Bohdan Khmelnytsky : l'homme derrière le nom
Pourquoi une ville de Podolie porte-t-elle le nom d'un hetman né vers 1595 à Subotiv, sur la rive opposée du Dniepr, à près de 400 km à l'est ? Parce que la révolte que Bohdan Khmelnytsky déclenche en 1648 contre la république des Deux Nations transforme à jamais l'histoire ukrainienne — et que la mémoire de cet événement est devenue, trois siècles plus tard, un enjeu politique entre Kiev et Moscou, chacune revendiquant l'héritage de l'Hetmanat.
Petit noble cosaque, officier polonais converti en chef de guerre après l'affaire de la successions de son domaine de Subotiv, Khmelnytsky lève les régiments cosaques en 1648, écrase les armées polonaises à Jovti Vody, Korsoun et Pyliavtsi, puis fonde un État cosaque dont la capitale est Tchyhyryn, à la frontière sud du pays. Cherchant un protecteur contre la Pologne renaissante, il signe en 1654 l'acte de Pereïasliv avec le tsar Alexis : l'Union de Lublin des cosaques et de Moscou, que l'historiographie russe lira comme une « réunification » et l'historiographie ukrainienne comme une alliance malencontreuse. Dix ans plus tard, en 1657, il meurt ; son fils Iouri lui succède, puis Ivan Vyhovsky. Pour comprendre la suite — les cosaques zaporogues, la Setch et leur destin tragique —, lisez notre entretien avec un historien des cosaques zaporogues.
Le choix de 1954 n'est donc pas anodin : rebaptiser la ville du tricentenaire de Pereïslaiv, c'est sceller dans le paysage urbain la lecture soviétique — et russe — de l'histoire. La toponymie ukrainienne actuelle, elle, tend à préférer l'orthographe ukrainienne Khmelnytskyï au russe Khmelnitski, dans le prolongement de la décommunisation engagée en 2015. Nos repères sur les noms de villes ukrainiennes et leurs doubles graphies détaillent ces variations pour toutes les grandes cités du pays.
Que voir à Khmelnytskyï ?
Sans prétention de capitale touristique, Khmelnytskyï réserve une promenade agréable à qui s'arrête une journée ou deux entre Kiev, Vinnytsia et Kamianets-Podilskyï. Le centre se parcourt à pied, autour de la rue piétonne Proskourivska, bordée de façons éclectiques et modernistes héritées du XIXe siècle et des premières décennies du XXe — l'un des rares témoins conservés de l'ancien Proskouriv.
- La rue piétonne Proskourivska : artères commerçante et monumentale de la ville, avec ses immeubles à balcons de fer forgé et ses terrasses ; c'est l'équivalent local de la rue Khreshchatyk de Kiev.
- La cathédrale de la Protection (Pokrovsky) et l'église Saint-Georges : les deux grands repères orthodoxes du centre, reconstruits ou réaménagés au fil des siècles.
- L'église de la Nativité-de-la-Vierge : la première construction en pierre de la ville, témoin de l'époque polonaise.
- Le musée d'art régional et le musée régional d'histoire locale : collections d'art ukrainien et mémoire podolienne, installés dans d'anciens bâtiments publics remarquables.
- La maison des officiers et l'ancienne école réale Oleksiyivska : architectures du Proskouriv impérial, aujourd'hui sièges administratifs ou culturels.
- Les bords du Boug Méridional : plages urbaines, ponts et promenades, surtout prisées des habitants en été.
Côté vivant, la ville reste ce qu'elle a toujours été : un carrefour de campagnes. Son marché couvert et ses halles alimentaires valent le détour pour la cuisine de marché — bortsch, varenyky, syrnyky — et les produits de la Podolie, de la betterave sucrière au miel en passant par les tomates serpentines de la steppe. Le dimanche, les familles des villages alentour descendent en ville, et le stade Podillya, équipe de football historique de la ville, fait vibrer les tribunes lors des matchs à domicile.
L'oblast de Khmelnytskyï : fortresses, canyons et terroirs
L'oblast de Khmelnytskyï compte environ 1,23 million d'habitants (estimation 2022) et recouvre l'extrême ouest de la Podolie et le sud de la Volhynie. C'est l'un des oblasts les plus ruraux et les plus agricoles d'Ukraine — la betterave, le blé, les vergers —, mais aussi l'un des plus riches en patrimoine de l'Ouest. Quatre étapes dominent l'itinéraire classique, que nous détaillons aussi sur notre page régionale de l'oblast de Khmelnytskyï :
- Miedzybóż (Medzhybizh) : à une trentaine de kilomètres à l'est de la ville, la forteresse de style Renaissance dressée au milieu du XVIe siècle sur les méandres du Boug Méridional est l'une des plus photogéniques d'Ukraine. Le village est aussi un haut lieu du judaïsme hassidique : le Baal Shem Tov, fondateur du mouvement hassidique, y vécut et y mourut au XVIIIe siècle ; sa tombe attire encore des pèlerins du monde entier.
- Starokostiantyniv : sa citadelle fut fondée en 1561 par le grand hetman de Lituanie Kostiantyn Ostrozky ; le monastère capucin et l'église de la Sainte-Trinité complètent un ensemble remarquable au bord du Sloutch.
- Bakota et le canyon du Dniestr : au sud de l'oblast, le village de Bakota fut noyé en 1981 par la retenue du barrage du Dniestr ; ses falaises calcaires, aujourd'hui classées au parc national naturel des Tovtry de Podolie, forment un des plus beaux panoramas fluviaux du pays, avec des grottes et des monastères rupestres à proximité.
- Antoniny et Samtchyky : deux résidences seigneuriales du XIXe siècle — les étables et palais à colombages d'Antoniny, liés aux Sanguszko, et le parc à l'anglaise de la famille Tchechel à Samtchyky —, méconnues des voyageurs étrangers.
Ajoutez la ville-forteresse de Kamianets-Podilskyï — à la limite sud de l'oblast, son château trône sur une île rocheuse entourée de la Smotrych — et vous obtenez l'un des circuits patrimoniaux les plus denses d'Ukraine de l'Ouest. Côté industrie, l'oblast abrite enfin la centrale nucléaire de Khmelnytskyï, près de Netichyne : deux réacteurs VVER-1000 en service pour mille mégawatts chacun, et deux unités supplémentaires en cours de finition, un chantier stratégique pour l'énergie ukrainienne.
Informations pratiques pour rejoindre Khmelnytskyï
Khmelnytskyï est un nœud ferroviaire de premier plan : la ville est traversée par les grands axes Kiev-Lviv, Odessa-Lviv et Tchernivtsi-Kiev. Des trains de jour et de nuit relient Kiev en cinq à six heures selon les liaisons, et la gare centrale dessert aussi Vinnytsia, Ternopil, Lviv et Kamianets-Podilskyï. Les cars et minibus complètent le maillage vers les villages de l'oblast — indispensable pour atteindre Miedzybóż ou Bakota sans véhicule.
Côté sécurité, l'oblast de Khmelnytskyï relève des zones de l'Ouest considérées comme relativement accessibles, mais la guerre n'est pas abstraite : la ville a été frappée par des missiles de croisière à plusieurs reprises depuis octobre 2022, et des alertes aériennes surviennent régulièrement. Avant tout projet de voyage, consultez les conseils aux voyageurs du Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères français, suivez les consignes des autorités ukrainiennes sur place et vérifiez l'état des réseaux ferroviaires, qui reste parfois perturbé. Pour préparer le trajet depuis la France — vols, correspondances, formalités —, le guide de nos partenaires de ukrainetrips.com sur les trains, frontières et visas détaille les options pratiques à jour. Notre guide général du voyage en Ukraine complète la préparation.
Si vous combinez Khmelnytskyï avec d'autres étapes de l'Ouest — Lviv, les Carpates, Tchernivtsi ou Kamianets-Podilskyï —, prévoyez trois à cinq jours pour l'oblast au minimum : les distances sont courtes, mais les routes de campagne et les horaires de cars rythment le voyage.
Questions fréquentes sur Khmelnytskyï
Sous l'Empire russe, la ville héritière de Płoskirów a pris le nom de Proskouriv (ou Proskurov) après le deuxième partage de la Pologne en 1793. Le 16 janvier 1954, à l'occasion du tricentenaire du traité de Pereïasliv (1654), les autorités soviétiques la rebaptisent Khmelnytskyï en l'honneur du hetman cosaque Bohdan Khmelnytsky.
Les incontournables de l'oblast sont la forteresse de Miedzybóż sur le Boug Méridional, la citadelle de Starokostiantyniv fondée en 1561, le canyon du Dniestr et le site noyé de Bakota dans le parc national des Tovtry de Podolie, ainsi que les palais d'Antoniny et de Samtchyky. La ville de Kamianets-Podilskyï et son château sur son île rocheuse complètent l'itinéraire.
L'oblast de Khmelnytskyï, dans l'Ouest ukrainien, relève des zones considérées comme relativement sûres, mais la ville a été touchée par des frappes de missiles et de drones à plusieurs reprises depuis octobre 2022. Avant tout déplacement, consultez les conseils aux voyageurs du Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères français et suivez les consignes des autorités ukrainiennes.
Khmelnytskyï se trouve à environ 366 km de Kiev par le rail et 384 km par la route, sur l'axe Kiev-Lviv. Des trains de jour et de nuit relient les deux villes en quelques heures, et la ville est un nœud ferroviaire desservant Lviv, Odessa, Tchernivtsi et Vinnytsia. Les conditions de circulation ferroviaire peuvent varier : vérifiez les horaires actualisés avant le départ.
Selon l'estimation officielle du 1er janvier 2022, la ville compte 274 452 habitants, ce qui en fait la deuxième ville de la Podolie historique après Vinnytsia. L'oblast compte environ 1,23 million d'habitants sur la même période de référence.